MACENTA : Antoine Béavogui parle : « Mes ravisseurs m’ont suivis de Macenta jusqu’à Nzérékoré avant de m’enlever »

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Antoine Béavogui, le jeune qui a été enlevé après la manifestions des jeunes de Macenta le jeudi passé, a été finalement retrouvé ce mardi. Antoine a été abandonné dans une brousse à proximité de la ville de Kankan, après plus de 3 jours dans la main de ces ravisseurs.
Interrogé, le jeune leader du mouvement Génération Consciente de Macenta, est revenu sur son enlèvement. Selon son témoignage, il a été suivi par ses ravisseurs depuis Macenta jusqu’à Nzérékoré, où ceux-ci ont mis main sur lui.
« Je suis rentré me reposer à la maison après notre mouvement. C’est là que j’ai reçu l’appel d’un ami qui m’a dit Antoine s’il te plait, il faut quitter pour le moment la ville pour aller rester même dans un petit village. Après son appel moi j’ai appelé le commandant du peloton de Macenta qui m’a dit qu’il était dans un bar. Je lui ai demandé de m’inviter. Pendant que j’étais en route pour partir là-bas, mon oncle m’a appelé de Conakry pour me demander où j’étais. Je lui ai dit que je partais au bar sur invitation du commandant de peloton. Il me dit mais tu es fou ? Après de tel mouvement tu dois rester tranquille chez toi. Je ne l’ai pas écouté. Je suis allé à Bamala et quand je suis rentré au bar, j’ai trouvé mon oncle Kolié le commandant, et d’autres visages que je n’avais pas l’habitude de voir. C’est comme ça j’ai pris peur, et je n’ai même pas fais une minute je suis resortis. Sur la route j’ai vu un véhicule Landcruser blanc sans immatriculation. De là, il y a mon cousin qui m’appel pour me dire ton oncle vient de se peindre qu’il t’a donné des conseils que tu as refusé d’écouter. C’est après cet appel que je me suis rendu à la maison prendre quelques habits, pour me rendre à Nzérékoré. Arrivé à la station où on devait prendre du carburant, j’ai vu le même véhicule Landcruser garé là. Je ne sais pas ce qu’il faisait. Nous avons carburé et nous avons pris le chemin. Je ne leurs ai plus vu derrière nous. Arrivé à Nzérékoré il était 20h. J’ai pris un taxi pour rejoindre mon ami au quartier Gbahana. Arrivé juste en face de l’école Alpha Yaya, j’ai vu le même véhicule qui était à Macenta. Entretemps, c’est un policier qui vient vers nous sur une moto pour arrêter mon taximètre en lui disant depuis la Scierie je te demande de t’arrêter tu refuse. D’un coup, c’est le landcruser qui gare. On descend et en même temps ils ont mis quelque chose sous forme d’électrique sur moi. J’ai directement perdu conscience. C’est le lendemain vendredi à 10h que je me suis retrouvé dans une chambre fermée. Il y’avait trois hommes en veste, qui m’ont posé des questions sur notre mouvement. Ils m’ont dit qui est derrière tout ça. Je leurs ai dit personnes. Ils ont dit à partir du moment que tu as commencé à dire que tant que les routes ne sont pas bitumées qu’il n’y aura pas de campagne, ni d’élection, nous avons directement compris qu’il y avait une politique derrière. Donc dis-nous la vérité. Je leurs ai dit que personne n’est derrière notre mouvement. Quand ils voulaient sortir, ils m’ont envoyé de la cannette plus deux pommes. Mais j’avais peur d’être empoisonné. J’ai juste mangé de la pomme puisque j’avais faim. Après ils ont encore mis le tric électrique sur moi pour me faire dormir et ils sont partis », témoigne Antoine Béavogui, interrogé par notre correspondant à Nzérékoré.
Poursuivant, il est revenu sur comment il a été libéré par ses bourreaux. Il confie être abandonné dans une plantation de manguier, à quelques kilomètres de Kankan.
« Le lendemain samedi, ils sont revenus. Les deux m’ont dit comme tu ne veux pas collaborer c’est bon. Entretemps, le troisième est rentré et a dit aux autres que le boss demande de me libérer. Ils m’ont embarqué dans la voiture avec eux mais tout en bandant mes yeux. Nous sommes allés en ville et ils sont descendus pour rentrer dans une pâtisserie. A leur retour, un d’entre eux a dit que c’est la pâtisserie de Bourama Condé. C’est là j’ai su qu’on était dans la ville de Kankan. Finalement ils m’ont abandonné dans la nuit du lundi vers 23h dans une plantation de manguier. Ils m’ont remis mon téléphone et ils sont allés. J’ai pu enlever la bande et je me suis retrouvé dans l’obscurité. C’est comme ça je me suis battu à rejoindre la ville et j’ai passé la nuit à la gare. J’ai appelé Mamadi Onivogui à qui j’ai expliqué tout ce qui s’est passé », relate-t-il.
Son avocat Maitre Salif Béavogui, se dit très choqué par la procédure par laquelle le pouvoir de nos jours se sert pour arrêter des citoyens.
Jean Damaris, correspondant régional de Guineeconstat.com
A Nzérékoré.
Tél. 00224 666 47 10 11

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